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La biennale des Arts actuels de la Réunion a démarré au Port hier. Les anciens docks accueillent une vingtaine d’artistes contemporains de l’hémisphère sud. Un rendez-vous gratuit, conceptuel et ambitieux. En effet, la Réunion veut devenir une référence sur le marché international.
Suivre les traces d’Ambroise Vollard. À la fin du XIXe siècle, ce marchand d’art réunionnais avait lancé Gaugin, Cézanne, Van Gogh, Matisse et Picasso. Rien que ça ! Aujourd’hui, Alain Séraphine, directeur de l’école des Beaux-arts du Port et initiateur de cette biennale, veut, à son tour, inscrire la Réunion dans l’histoire de l’art. Un pari ambitieux auquel le Réunionnais croit dur comme fer. “Nous voulons faire de notre île un lieu d’incubation de projets pour les créateurs, qu’ils soient Réunionnais ou d’ailleurs”. Par “ailleurs”, comprenez le Sud économique puisque c’est de là que la biennale des Arts actuels a puisé ses talents. Colombie, Thaïlande, Congo, Burkina Faso, Mexique, Chine, Australie, Afrique du Sud… Vingt-deux artistes du monde entier ont vécu pendant trois mois, ensemble, dans les Hauts de Saint-Paul. La structure d’accueil de Dos d’Âne a pris des allures de Babel et tous ont travaillé d’arrache-pied en vue de la grande rencontre. Si la passion le fait avancer, Alain Séraphine garde les pieds sur terre : “il n’est pas question de concurrencer les prestigieuses biennales de Venise ou encore de Paris. La Réunion sera la biennale avant les biennales. Là où les commissaires viendront faire leur marché de jeunes découvertes”. Comme son nom l’indique, une biennale se tient tous les deux ans. Seconde édition pour la Réunion dont la vocation s’inscrit dans une volonté de faire émerger des jeunes talents, “ pour qu’un jour, on puisse dire dans le monde de l’art : tiens celui-ci a été découvert à l’île de la Réunion. Et là, on aura gagné notre pari “. Quant au choix géographique, ce n’est pas un hasard. “Nous voulons libérer l’art contemporain. Le Nord économique l’a confisqué comme si la pensée s’arrêtait dans le Sud. Il faut que cela cesse car les pays du Sud ont besoin d’exprimer leur contemporanité”, explique Alain Séraphine. Afin de sélectionner les artistes présents, l’école des Beaux-arts du Port a fait appel à son réseau de partenaires dans le monde. Écoles, universités, Alliances françaises… Au total, cinquante candidats ont été proposés. Au final, un collectif réunionnais, constitué de différents acteurs culturels, en a choisi dix-huit. Au terme de l’exposition, un catalogue sera d’ailleurs édité en français, anglais et chinois à destination des centres culturels internationaux. C’est que ça devient vraiment sérieux
Laurène Mazier
De Pékin à Dakar, des échanges prometteurs
Ils sont les invités d’honneur de la biennale : Gu Zhenqing et Ousseynou Wade. Le premier dirige le White Box Museum of Art à Pékin, en Chine. Le second, est directeur de la biennale de Dakar au Sénégal. “Trop longtemps, nous avons reçu les leçons du Nord sur l’art contemporain et la création du Sud. C’est bien que la Réunion rejoigne le Sénégal en rendant possible ces rencontres et ces échanges”, se réjouit M. Wade. Et de souligner le caractère professionnel de la biennale : “Alain Séraphine est modeste. Il nous a présenté ce rendez-vous comme un numéro 00. Il a réussi à réunir une vingtaine d’artistes du monde entier et à investir ce lieu qui n’était a priori pas fait pour accueillir de l’art contemporain. C’est un bel événement”. De son côté, le commissaire chinois a déjà remarqué une poignée d’artistes qu’il entend exposer dans son musée. Parmi eux, Masami une plasticienne japonaise. “Je connais beaucoup de monde à Tokyo, mais je n’avais jamais entendu parler d’elle. Il a fallu que je vienne ici ! “. En outre, la rencontre de ces deux hommes aura permis l’émergence d’un nouveau partenariat. “Nous allons créer des échanges entre l’Afrique et l’Asie. Jamais encore un artiste africain n’a été exposé en Chine et vice versa. D’ici 2012, on aura changé tout ça”, assure Monsieur Gu dans un enthousiasme débordant.
Internationalement conceptuel
On aime, on n’aime pas. Quoi qu’il en soit, ça a le mérite d’être là. Les artistes en résidence, depuis trois mois à la Réunion, nous ont concocté une exposition contemporaine digne des grands rendez-vous du genre. Les anciens docks et des containers ont été investis par toutes sortes d’installations artistiques. Peintures, sculptures, vidéos, sons, lumières… Des pièces lourdes de sens ou tout simplement esthétiques quand elles ne sont pas interactives. On ne vous en dira pas plus si ce n’est que ça vaut le détour !